L'INVISIBILISATION DE LA CULTURE LESBIENNE DANS LE MAGAZINE
TETU DÉNONCÉ PAR MARIE HELENE BOURCIER ET LE PROCÈS
EN DIFFAMATION ENGAGÉ PAR TÊTU:
Un jugement a été rendu le 15 septembre
2004 par le Tribunal de Grande Instance de Paris rejetant les prétentions
du magazine TETU et de ses rédacteurs en chefs
.
Judith SILBERFELD, Thomas DOUSTALY, Olivier SEGOT demandaient au tribunal
de
- dire que les phrases figurant en pages 8, 9, 11 et 13 de la livraison
n°28, datée de mars à avril 2003, du magazine 360
: « « Et MH Bourcier de renchérir : « Judith
Silberfeld est la lesbienne alibi de Têtu, il faut savoir qu’aucune
femme n’a accès aux séances de rédaction »
et
« il suffit de voir comment le Tout Paris Gay rigole de raconter
comme Judith Silberfeld, la rédactrice en chef adjointe de
Têtu, n’a pas accès aux conférences de rédaction
qui sont men only »
étaient diffamatoires à l’égard de Judith SILBERFELD,
d’Olivier SEGOT et de Thomas DOUSTALY et portaient atteinte à
leur honneur.
I
SUR LE PREMIER PASSAGE POURSUIVI (figurant dans l’article de fond)
: « Et MH Bourcier de renchérir : « Judith Silberfeld
est la lesbienne alibi de Têtu, il faut savoir qu’aucune femme
n’a accès aux séances de rédaction"
Attendu que
Dans son numéro 28, daté des mois de mars et avril
2003, le magazine 360°, édité en Suisse par l’association
PRESSE 360-360°, mais également diffusé en France
et à Paris, a publié un article annoncé en page
de couverture, sous le titre « Paris brûle-t-il ? »
; que le texte, développé en pages 8,9,11 et 13 est
signé Nathalie Brochard ; qu’il est consacré au «
projet du futur Centre d’Archives et de documentation homosexuelles
de Paris (CADHP) qui a « déclenché une âpre
guéguerre qui déchire le tout Paris LGBT » ; que
la journaliste relate notamment que début novembre 2002, une
pétition « Archilesb ! », « initiée
par la sociologue Marie-Hélène Bourcier », a commencé
à circuler pour protester « contre l’exclusion des lesbiennes,
des bis et des trans, de l’actuel projet de CADHP » et que selon
les mécontents, la presse gay a perdu toute indépendance
;
Que la première phrase poursuivie ci-dessous reproduite en
caratères gras se situe dans ce contexte :
« la presse gay, fer de lance du pouvoir
M-J Bonnet constate la rhétorique sexiste des journaux gays
: « Têtu parle de psychodrame et place ainsi le débat
au niveau psy avec en arrière plan l’hystérie des femmes.
Comment interpréter les propos d’un magazine qui se définit
a priori gay et lesbien ? » Et M-H Bourcier de renchérir
: « Judith Silberfeld est la lesbienne alibi de Têtu,
il faut savoir qu’aucune femme n’a accès aux séances
de rédaction… Têtu n’a rien de lesbien, ni de trans.
Pour eux les minorités ne sont pas légitimes, elles
doivent rester sous terre ». »
Attendu que Marie-Hélène BOURCIER explique qu’elle
a rencontré la journaliste en janvier 2003, dans le cadre d’une
réunion et d’un échange informel avec les autres membres
du groupe ARCHILESB ! présents et que ces propos ont été
tenus par Myriam MARZOUK, membre de ce groupe et salariée du
journal Têtu au moment des faits ;
Attendu que la défenderesse produit diverses attestations
confortant ses dires :
- que Tom REUCHER, qui participait à cette réunion
pour le groupe VIGITRANS, affirme que « la rédaction
de 360 a attribué par erreur des propos de Myriam MARZOUK à
Marie-Hélène BOURCIER, à savoir que « Judith
Silberfeld ne participait pas aux conférences de rédaction
de Têtu » ;
- que dans une attestation longue et circonstanciée, Jean
–Christian Régnier certifie qu’au cours de l’entretien auquel
il assistait, « Myriam MARZOUK est intervenue pour signifier
que Judith SILBERFELD n’assistait même pas aux réunions
de rédaction de Têtu », que malgré les avertissements
de personnes présentes sur le risque qu’elle prenait vis à
vis de son employeur TÊTU, elle a confirmé ses propos
devant les journalistes et qu’elle en avait déjà tenu
de semblables au cours d’une réunion d’ARCHILESB ! et de VIGITRANS
devant plusieurs personnes ;
Attendu que ces deux témoins directs des faits confirment,
de façon claire et précise, que c’est bien Myriam MARZOUK
qui a affirmé, devant les journalistes de 360°, que Judith
SILBERFELD n’assistait pas aux conférences de rédaction
de TËTU ; que les demandeurs (TETU) ne prouvent nullement que
la defenderesse (MH BOURCIER) aurait proféré la phrase
qu’elle conteste avoir prononcée, telle que reproduite en page
9 du magazine 360°, dans l’article « Paris brûle-t-il
? » qui, d’ailleurs, cite de très nombreux propos attribué
à de multiples personnes ;
Attendu, en conséquence, que ne peuvent prospérer les
poursuites engagées contre Marie-Hélène BOURCIER
en qualité d’auteur des propos « Judith Silberfeld est
la lesbienne alibi de TÊTU, il faut savoir qu’aucune femme n’a
accès aux séances de rédaction » ;
II
SUR LE SECOND PASSAGE POURSUIVI (figurant dans l’interview de Marie-Hélène
Bourcier): « il suffit de voir comment le Tout Paris Gay rigole
de raconter comme Judith Silberfeld, la rédactrice en chef
adjointe de Têtu, n’a pas accès aux conférences
de rédaction qui sont men only »
Attendu que
L’article « Paris brûle-t-il ? » ets suivi en pages
14, 15 et 17 de la revue 360°, d’une interview de Marie-Hélène
BOURCIER intitulée « La mise au rancart des lesbiennesé
et annoncée en ces termes : « A travers le tumulte actuel,
la sociologue Marie-Hélène BOURCIER pose un regard sceptique
sur la réalité de l’improbable couple gay/lesbienne»
;
Que parmi les propos recueillis par Nathalie BROCHARD, on peut notamment
lire la phrase poursuivie (en caracatères gras seulement ici),
qui s’insère dans le passage suivant :
« La presse gay se dit gaie et lesbiennes, mais tout le monde
sait bien qu’un magazine français comme Têtu, qui se
positionne comme étant le magazine des gays et des lesbiennes,
zappe entre autres toute l’actualité politique, théorique
et intellectuelle des lesbiennes, et que le point de vue lesbien décisionnel
n’est pas représenté pour ne pas dire représentable
dans la rédaction : il suffit de voir comment le Tout Paris
Gay rigole de raconter comme Judith Silberfeld, la rédactrice
en chef adjointe de Têtu, n’a pas accès aux conférences
de rédaction qui sont men only… »
Attendu que Marie-Hélène BOURCIER reconnaît que
dans le cadre sa réfélxion, elle a pu reprendre le fait
dont Mme Marzouk avait fait état devant la journaliste de 360°
;
Attendu que l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 définit
la diffamation comme « toute allégation ou imputation
d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération
de la personne ou du corps auquel le fait est imputé »
;
Attendu que l’imputation d’être exclue des conférences
de rédaction ne porte pas atteinte à l’honneur ou à
la considération de Judith Silberfeld, dès lors qu’elle
est ainsi davantage désignée comme la victime d’un ostracisme
professionnel sexiste, sans rapport avec sa valeur et ses compétences
personnelles en qualité de journaliste, et ce même si
la situation qui lui est imposée peut être source de
dérision pour une partie des gays ;
Attendu, en revanche, que le propos est diffamatoire envers le directeur
de la publication du magazine TÊTU, responsable du contenu du
journal et du rédacteur en chef auxquels il est ainsi imputé
d’opérer une discrimination illégitime fondée
sur le sexe ;
Attendu que la défenderesse se prévaut de sa bonne
foi ;
Attendu que les imputations diffamatoires sont réputées,
de droit, faites avec intention de nuire, mais qu’elles peuvent être
justifiées lorsque leur auteur établit sa bonne foi,
en prouvant qu’il a poursuivi un but légitime, étranger
à toute animosité personnelle, et qu’il s’est conformé
à un certain nombre d’exigences, en particulier de sérieux
de l’enquête, ainsi que de prudence dans l’expression ; que
ces critères doivent être appréciés plus
souplement dès lors que l’auteur des propos n’est pas un journaliste
professionnel, mais, comme en l’espèce, une militante défendant
une cause ;
Attendu que dans le cadre de sa liberté d’expression, Marie-Hélène
BOURCIER cherchait à dénoncer l’hégémonie
de la presse gay au détriment des lesbiennes ; que si elle
est en opposition avec le magazine TËTU, elle n’a pas manifesté
d’animosité personnelle en vers MM. DOUSTALY ET SEGOT ;
Attendu que les attestations ci-dessus décrites montrent que
Mme MARZOUK, qui travaillait alors au magazine TÊTU, a affirmé
devant les journalistes de la revue 360° en janvier 2003 que Judith
SILBERFELD, rédactrice en chef adjointe de TËTU, n’avait
pas accès aux conférences de rédaction ; que
selon les témoins JC. REGNIER et MARCO DELL OMODARME, elle
avait déjà tenu ses propos au cours de réunions
antérieures ; que la défenderesse disposait donc d’éléments
suffisants pour lui permettre de citer cet exemple du comportement
discriminatoire de TÊTU envers les lesbiennes ;
Attendu que la bonne foi de la défenderesse peut ainsi être
retenue ; que les demandeurs doivent être déboutés
de leurs prétentions à son encontre
Le Tribunal, statuant publiquement, par jugement réputé
contradictoire
Déboute Judith SILBERFELD, Thomas DOUSTALY et Olivier SEGOT
de leurs demandes dirigées contre Marie-Hélène
BOURCIER
Condamne Judith SILBERFELD, Thomas DOUSTALY et Olivier SEGOT à
payer à Marie-Hélène BOURCIER la somme de 1500
Euros en application de l’article 700 du nouveau code de procédure
civile
Condamne les demandeurs aux dépens.
Fait et jugé à Paris le 15 septembre 2004
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